Premiers pas en Inde

Pourtant voisine de la Chine, l’Inde n’est en rien comparable avec elle. On a beau lire à son sujet, en avoir parlé des dizaines de fois avec ceux qui l’ont déjà parcourue, il est impossible de se figurer ce qu’elle est vraiment sans lui rendre visite.

Calcutta : immersion dans une mégalopole indienne

Dès notre arrivée à Calcutta, les odeurs, la chaleur étouffante et le côté rustique de l’aéroport nous indiquent que nous arrivons dans un autre monde. Jatin, un Indien rencontré quelques heures auparavant à l’aéroport de Kunming, nous prend directement en charge jusqu’à chez lui, et finalement, à 1h du matin, c’est surement ce qu’il peut nous arriver de mieux. C’est donc de son appartement que nous amorçons notre séjour indien.

Succulent repas indien prepare par notre hote

Le trajet de l’aéroport jusqu’à Mayfair Road, où nous ferons halte quelques jours, nous laisse entrevoir quelques tristes réalités de la vie nocturne à Calcutta. Des centaines de personnes, allongées à même le sol, qui sommeillent entre les chiens et les détritus jonchant les trottoirs. Femmes, enfants et vieillards sont ici logés à la même enseigne. Plus loin, des magasins plus modernes, des échoppes de rue endormies et des bâtiments d’un autre temps, serrés les uns contre les autres, donnent à l’ensemble une atmosphère condensée. Il fait trente degrés, et le compteur affiche 79% d’humidité dans l’air. Au petit matin, la ville nous offre ses plus belles parures colorées, et réveille les bruits que la nuit avait étouffé. Les cantines de rue sont prises d’assaut par les écoliers et les travailleurs du quartier qui dégustent debout nan, curry ou thali. Les mendiants sont omniprésents ; les rues sont sales, bondées, la chaleur accablante. Malgré la violence de certaines scènes, la gentillesse et la spontanéité des Indiens facilitent l’atterrissage. Certains lieux débordent d’authenticité, à l’image du marché traditionnel situé non loin de Mayfay Road. L’animation y est à son comble. On se fraie un chemin parmi les taxis, tuc-tuc et vélo-porteurs.

On trouve de tout, pour pas cher, et pour tous les goûts. Vêtements, montres, quincaillerie, légumes, viandes et poissons frais, snack à emporter, … On croise sur notre chemin quelques transsexuels, toutes (tous ?) de saris vêtues et barbe fraîchement rasée. On ne sait plus où donner de la tête, entre les lumières des étals, les milliers d’odeurs qui se mélangent, les produits colorés, les musiques et bruits de rue qui se font écho.

  La pause du velo-porteur  Fruits a toute heure du jour et de la nuit

Bienvenue dans un autre univers, si différent de tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici ! On commence à prendre la mesure de la particularité de ce pays, qui a déjà fasciné tant de voyageurs avant nous. En trois jours à Calcutta, nous verrons le New market et ses milliers d’échoppes qui semblent ne jamais désemplir. Les marchés couverts où les moutons sont saignés et les têtes exposées aux passants. Les vendeurs ambulants qui vous suivent pour vous vendre des moineaux à l’unité.

On trouve vraiment de tout au marche!

  Nombreuses sont les mamans celibataires qui arpentent les rues  De nombreux etals jalonnent les rues des villes indiennes

Les étudiants qui défilent par vingtaine en pick-up, chantant et célébrant Ganesh, déesse de l’intelligence et du savoir. La statue qu’ils transportent sera ensuite immergée dans le fleuve Hooghly, non loin de là. Calcutta est donc une fourmilière bruyante et odorante. Pourtant, par les hasards du calendrier, nous l’avons vu calme et endormie toute une journée durant. Ce jeudi 20 septembre, c’est jour de grève en Inde. Interdiction de s’adonner à une quelconque activité commerciale, sous peine de sanction. En cause, l’augmentation du prix du pétrole, qui provoque la colère des habitants. Les magasins ont fermé boutique, les restaurants de rue ont vidé leurs étals, et la ville sombre dans une léthargie totale. Pourtant, lorsqu’on marche un peu vers les slums, la vie continue de battre son plein. Les gens n’ont que faire des recommandations syndicales ; ils vivent au jour le jour de leurs maigres recettes et ne peuvent se payer le luxe d’un jour de congé. Un peu avant 18h, la ville reprend ses couleurs et les taxis leur train-train quotidien. La grève est levée, et la deuxième plus grosse ville d’Inde fait de nouveau entendre son vacarme assourdissant.

Bodhgaya et Varanasi : entre Bouddhisme et Hindouisme

Ville bouddhiste par excellence, Bodhgaya attire de l’Inde toute entière des fidèles venant se recueillir près de l’arbre où Siddharta Gautama a atteint l’illumination. Devenue touristique, la ville n’en est pas moins fascinante, et son caractère spirituel invite au recueillement.

Un recueillement sincere et profond  Des dizaines de temples ont ete eriges a Bohdgaya apres le passage de Siddharta Gautama  Jeune moine bouddhiste en pleine priere

Quelques heures à parcourir pied nus les dalles des temples chauffées par le soleil, en s’imprégnant des prières collectives murmurées par les fidèles et les moines réunis. Quelques heures à parcourir la ville, au beau milieu de sa cacophonie et de son agitation caractéristique. Un sentier tracé dans les rizières nous amène vers un temple reculé, devenu le terrain de jeu favori des enfants des environs. Tandis que certains travaillent aux champs, à cueillir de longues gerbes de plantes qu’ils assemblent en bouquets, d’autres nous offrent leur compagnie le temps de quelques jeux improvisés. Une fois la magie de la rencontre opérée, la réalité se manifeste tristement par des mains tendues demandant quelques roupies. La réalité est ainsi.

Apres-midi recreative pour les petits et les grands

  Portrait  Un de nos petits compagnons les moins farouches!

Un train de nuit plus tard , nous voilà à Varanasi. On accède en une heure de marche de la gare au dédale de ruelles qui constituent le cœur de la vieille ville. Des vaches ruminent les déchets qu’elles trouvent sur leur chemin. Des temples de toute sorte, aux architectures harmonieuses, jalonnent notre parcours.

Temple en bordure du Gange, pres de Makarnika ghat

  Spiritualite et couleurs

  L'animation au bord du fleuve en fin de journee

 

Des autels encastrés dans les murs offrent aux croyants de nombreuses occasions de prières. Varanasi est encore bien différente de ce qu’on a pu voir jusqu’ici. Les rues sont étroites, des essaims de mouches tourbillonnent au-dessus des comptoirs d’épices et d’encens, les logements sont minuscules et semblent ne pouvoir accueillir plus d’une personne. A l’ombre des passages souterrains, des vieillards à l’allure brahmanique déambulent ou somnolent, sans ciller d’un œil.

Nombreux sont les coins d'ombre pris d'assaut par les dormeurs

Des saris sèchent au soleil, étalant plusieurs mètres de tissu coloré sous les fenêtres. Attiré par les marches qui descendent, raides, jusqu’au Manikarnika ghat, nous débarquons sur les rives du Gange. Nous n’y trouvons que des hommes. En suivant la foule, nous arrivons au pied du bûcher où chaque jour, 150 personnes rejoignent le Nirvana et brisent dans les flammes le cycle des renaissances. Des cortèges de brancards défilent devant nous, transportant les morts pour les plonger dans le fleuve avant la crémation. Chaque corps est enveloppé dans un sari d’une couleur qui varie en fonction de l’âge de la personne défunte, et de son sexe. La famille prend en charge l’achat du bois sacré (banyan) pour la crémation, ainsi que des encens et des tissus pour embaumer le corps. Les plus pauvres sont brûlés non loin des quais tandis que les bûchers de défunts des castes supérieurs sont installés sur une plateforme à laquelle on accède par un escalier pentu. En haut, la chaleur est plus qu’étouffante. Malgré l’encens, l’odeur est trop forte, et nous redescendons rapidement. Parmi la foule, pas une seule femme à l’horizon. Celles-ci sont en effet écartées des lieux, car leurs pleurs empêcheraient la cérémonie de se dérouler dans la quiétude.

Le soir, sur le Dashashwamedh ghat, des tablas résonnent, quelques personnes dansent et, silencieuse, entassée dans des barques que le Gange secoue, la foule dépose une à une des bougies flottantes sur le fleuve. La nuit noire finit par tout ensevelir, et nous quittons ce haut lieu de communion pour replonger dans nos pensées. Que retirer réellement de ces premiers moments passés en Inde ? Difficile à dire. Nos ressentis sont confus, flous, car tout ici est plus intense qu’ailleurs. En une fraction de seconde, on peut passer d’un sentiment de plénitude intense au rejet profond, de la sérénité à l’étouffement. On voit la splendeur du mysticisme hindou côtoyer la misère, la beauté se confondre avec la laideur, la nourriture délicieuse mélanger son odeur à celle des déchets qui jonchent le sol. Ici, il semble nécessaire de digérer, d’assimiler les choses, pour mieux profiter de la magie et du charme qui opèrent à chaque coin de rue.

 

Nos partenaires

ville-de-lyon    vaf    fedina    aosed    kpa

Logo-Region-en-couleurs-fichier-jpg-haute-definition      logo alter      logo resacoop 

Suivez-nous!

powered by contentmap

Ils/Elles s'engagent!

  • Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

    Dewi, vice Secrétaire générale, KPA, Jakarta, Indonésie: "En m'engageant avec KPA en 2007, j'ai compris que l'Indonésie est avant tout un pays agricole, même si nos dirigeants n'en tiennent pas compte".

  • Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

    Dwi Agus, Chargé de campagnes, KPA, Jakarta, Indonésie : "Depuis des années, je vois comment vivent les gens ici, et j'en suis triste. Mon engagement est plus qu'un job, c'est un moyen de protester".

  • Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

    Iwan, Secrétaire général, KPA, Jakarta, Indonésie : "J'ai embrassé la cause paysanne dès la fin de mes études, car l'accès à la terre est au coeur de toutes les difficultés sociales que connait l'Indonésie aujourd'hui".

  • Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

    Andri, Chargé de campagnes et de recherches, KPA, Jakarta, Indonésie : "Le gouvernement refuse d'agir au sujet de l'accès à la terre, bien que ce soit un problème fondamental. On essaye donc de créer un vrai changement social par nos actions".

  • Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

    Roy, Secrétaire, KPA, Jakarta, Indonésie: "Depuis l'université, je suis engagée dans les mouvements étudiant et ouvrier. Aujourd'hui, je veux en apprendre davantage sur la cause paysanne, pour continuer à lutter contre les injustices".

Like us!

Nous contacter

IMG 1974 640x427 76x51

lesreporterssolidaires@gmail.com

Plus d'infos et de photos sur Facebook: Les reporters solidaires